Administration, démarches Méthode

RETOUR D’EXPERIENCE : La recherche d’emploi

Cet article est un retour d’expérience à compléter/corriger/amender par celui d’autres confrères. L’auteur et le site Anticharrette se dégagent de toute responsabilité quant à l’usage qui pourrait être fait de ce texte.

A l’heure où j’écris ces lignes, je suis diplômé HMONP et c’est la sixième année que je travaille dans la même agence. J’ai participé plusieurs fois aux recrutements et vu passer un grand nombre de candidatures.

Cet essai s’adresse avant tout aux jeunes diplômés en France qui s’attaquent pour la première fois au marché du travail. Il se décompose en 2 parties : où chercher, et comment se valoriser.

 

Où chercher ?

Avant propos

 

L’univers des architectes est bien plus vaste que ce que peut laisser penser l’école. A l’école (en tout cas dans celle où j’ai fait mes études, ENSAPM), année après année on fait des projets sur un mode d’exercice qui ressemble beaucoup à celui des marchés publics ou des concours loi MOP.

On est par ailleurs amené à lire la presse architecturale, qui relaie soit les concours loi MOP, soit l’architecture du star-system, soit les réalisations de leurs copains. Assez naturellement, beaucoup d’étudiants commencent donc leur recherche par la liste des 10 agences connues dans lesquelles ils rêvent de travailler.

C’est à mon avis un mauvais choix pour trois raisons. D’abord parce qu’il ne faut pas préjuger de ce qui va vous plaire. Il est tout à fait possible qu’en fait le job dans lequel vous allez vous éclater soit de travailler avec des particuliers pour son côté humain, ou bien on contraire dans un domaine très technique, etc.

 

Ensuite parce que le plus important en début de carrière, peu importe le domaine, est de faire ses armes. Il faut apprendre le plus de choses possible, et se laisser confier des responsabilités pour faire ses preuves. Lesquelles apparaîtront ensuite dans le CV. La seule question qui doit compter au départ, au delà même des considérations pécuniaires est : que peut m’apporter ce job ?

 

Enfin parce qu’évidemment comme tout le monde veut travailler dans une agence connue, la concurrence sera rude, ce qui n’est pas favorable pour négocier correctement un contrat.

 

Dans le même esprit, c’est une erreur de vouloir travailler juste à côté de chez soi, ou pour les parisiens, dans Paris intra muros. Un grand nombre d’agences prospères et travaillant sur de beaux projets sont situées dans des endroits tout à fait improbables, et encore une fois seule l’expérience que vous pourrez en tirer compte.

 

Pour finir, dites vous toujours que la vie est longue, et que si vous atterrissez dans un job qui ne vous convient pas, vous aurez tout loisir d’en changer après. N’ayez pas peur de faire des expériences.

 

Où chercher concrètement ?

Vous avez l’embarras du choix :

  • Les architectes experts interviennent auprès des tribunaux pour régler des litiges en cas de sinistre : http://cneaf.fr/annuaire/
  • Les architectes de copropriété sont des spécialistes de la réhabilitation. Un peu comme des médecins du bâtiment, ils diagnostiquent des pathologies et font des prescriptions : http://www.archicopro.com/architectes.html
  • Bien que conspués par l’ordre des architectes pour des raisons déontologiques, les architecteurs sont la seule initiative commune à grande échelle des architectes pour s’emparer du marché des maisons individuelles. Ils sont à la fois architectes, pilotes de chantier, économistes et constructeurs. Que l’on soit d’accord ou non, c’est certainement un très bon point de départ pour faire le plein de connaissances techniques : http://www.architecteurs.fr/
  • Si vous ne trouvez pas votre bonheur, jetez donc un oeil à la page des associations d’architecte du CNOA dont chacune dispose à priori de son propre annuaire : http://www.architectes.org/associations-francaises-darchitectes
  • Si vous souhaitez travailler sur du logement privé, c’est à dire dans le cadre de promotion immobilière, à priori le meilleur moyen de trouver les agences qui ont du travail consisterait à aller fureter sur les sites des promoteurs, de regarder les programmes récents et de trouver les architectes qui viennent de livrer telle ou telle opération.
  • Si vous souhaitez travailler sur du logement public (social) ou même globalement dans le domaine des marchés publics, qui constitue environ 35% de tout ce qui se construit en France chaque année, voici un moyen de trouver quelle agence vient de remporter une affaire ou un concours. A partir du moment ou de l’argent public est impliqué dans la construction d’un bâtiment, l’opération suit la procédure des marchés publics. Chaque opération fait l’objet d’une annonce en ligne pour appeler les architectes à répondre, et en principe d’une annonce pour indiquer publiquement à qui a été attribué le marché. Toutes les annonces sont répertoriées sur le site du BOAMP : http://www.boamp.fr/ .Cochez la case résultat de marché, indiquez votre zone géographique, et en mot présents dans l’avis le type du programme sur lequel vous aimeriez travailler (ex : collège, logement, réhabilitation énergétique, etc.), +le mot “maîtrise d’oeuvre”. Vous verrez alors apparaître la liste des marchés attribués avec à chaque fois le nom de l’architecte qui a du boulot et va peut être pas tarder à devoir recruter…
  • Enfin, on y pense plus rarement, mais vous pouvez aussi postuler auprès d’institutions comme les bailleurs sociaux, les promoteurs, les communautés d’agglomération, les services techniques et services d’urbanisme des villes, etc. qui peuvent avoir besoin d’architectes pour faire de la conduite d’opération. Attention tout de même, cette voie vous amènera à voir et contrôler les confrères sans jamais vous permettre d’exprimer une architecture. Promettez vous de ne jamais être frustré !

Comment se valoriser ?

Sans vouloir tenir de propos déprimant, les écoles d’architecture ne forment pas à la pratique opérationnelle du métier. Quand je dis opérationnelle, j’entends par là que si l’on donne une tâche à quelqu’un, il est capable dans un temps raisonnable de fournir un livrable. A l’école on n’apprend ni l’économie du projet, ni la psychologie d’un client, ni le vocabulaire technique ou administratif, ni les procédures, ni les lois, ni la gestion de projet en équipe, ni le fonctionnement d’un chantier, etc. On apprend à réfléchir et à concevoir, ce qui représente en temps passé  une assez petite (mais précieuse) partie du métier d’architecte. Cette situation est voulue, les réformes successives sur l’enseignement de l’architecture l’ont planifié, à l’exception de l’arrivée de l’HMO qui introduit un tout petit peu de ces notions à l’école. Que ce soit une bonne chose ou non n’est pas la question, mais toujours est-il qu’en début de carrière il faut prendre conscience rapidement qu’on a tout à apprendre.

L’employeur qui va décider d’embaucher un jeune diplômé prend un risque, et fait un pari. Il prend le risque que le candidat, qui n’a jamais fait ses preuves, soit inapte. Il fait le pari qu’en investissant sur cette personne elle deviendra progressivement très efficace car formée spécifiquement pour le fonctionnement de son agence.

Quand on forme quelqu’un à une tâche, on dépense le temps (donc l’argent) de deux personnes pour faire cette tâche, le formateur et le formé. Et ce pour chacune des tâches à enseigner à un nouvel arrivant. Le temps de formation, c’est à dire le temps qu’il faut pour rendre quelqu’un opérationnel sur une série de tâches données est assez long. Le terme “investir” n’est donc pas usurpé.

Le “deal” implicite entre un employeur et un candidat est donc le suivant : l’employeur forme le candidat, en échange d’un salaire plus bas.

 

C’est une des raisons pour lesquelles les conventions salariales sont des données assez abstraites, en vérité un candidat est en mesure de négocier un salaire intéressant quand il est en mesure de prouver qu’il va être directement opérationnel très peu de temps après son embauche. On va ainsi par exemple pouvoir l’envoyer rapidement sur un chantier ou lui confier un DCE sans avoir à lui expliquer ce qu’est un DCE.

 

Vos Atouts

En conséquence, ce que vous pouvez offrir à un futur employeur en sortant d’école  à défaut d’expérience, mis à part votre coût relativement bas, ce sont trois choses qui ont tendance à s’étioler avec le temps : votre souplesse, votre énergie et votre constance. Ce sont ces points qu’il faut mettre en avant, en particulier au moment de l’entretien.

La souplesse dans le sens où, contrairement à quelqu’un qui au fil des ans s’est pétri de vieilles habitudes de travail, on va pouvoir vous demander de suivre les procédures de l’agence sans problème. Pour cela il suffit de montrer qu’avec vous tout est simple, vous avez conscience des difficultés éventuelles mais vous voulez bien tout faire et vous êtes débrouillard. Par exemple à la question piège “Ça a été pour trouver l’agence ?”, ne racontez pas les milles péripéties qui viennent de vous arriver, répondez simplement oui, aucun problème.

L’énergie est à prendre au sens de motivation. Il s’agit de donner envie à un employeur d’investir sur vous, de faire sentir que vous avez vous même envie de travailler peu importe ce qu’on vous donnera à faire. Vous avez la pêche, vous n’avez pas la moindre foutue idée de ce qu’est une levée de réserves ou un plan de recollement, mais aucune importance, vous avez très envie d’apprendre ! Vous ne connaissez pas  revit ? Aucun problème, vous allez vous y mettre le temps qu’on vous embauche et vous bosserez dessus le soir pour apprendre !

Toujours dans l’esprit de donner envie à un employeur d’investir sur vous, la constance est un trait qui se reconnaît à l’entretien et sur le CV. A l’entretien il ne faut pas donner l’impression d’être quelqu’un qui change d’avis tout le temps, qui vole au gré de ses envies. Vous êtes là pour un bon moment, le job a l’air intéressant, vous n’avez aucun problème à partir sur du long terme. Aucune importance que ce soit vrai ou non, rien ne vous engage à vie : un contrat ça s’interrompt, par ailleurs il est aussi possible que votre employeur n’est lui même plus de travail, on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Sur le CV en revanche on ne peut pas trop mentir. Si vous enchaînez les petits boulots partout en France ou dans le monde parce que vous vous lassez vite, ça se voit directement et ce n’est pas un atout. Au contraire les expériences longues sont valorisantes, ou mieux encore : le fait d’être revenu dans une même agence plusieurs fois. Si on vous a repris, c’est la preuve que vous êtes fiable!

Un mot sur le CV

Comme les graphistes, les architectes adorent pondre des CV et des books ultra-sophistiqués, dans des formats improbables et avec des typos alambiquées, ils ont juste beaucoup moins de talent que les graphistes.

Il est difficile d’en penser quoi que ce soit, d’un côté ça rend souvent l’information difficile à retrouver, d’un autre ça rend les choses ludiques. Certains recruteurs adorent, d’autres en ont horreur, c’est assez subjectif.

En fin de compte vous pouvez être original en faisant un CV “normal”. L’important est de respecter ces quelques points :

  • la mise en page doit être propre et structurée, avec une charte graphique (c’est à dire une mise en forme pour les titres et sous titres, une utilisation des couleurs raisonnée et logique, etc.)
  • pas de fautes d’orthographe
  • l’oeil lit de gauche à droite, mettez donc ce que vous voulez qu’on voit en premier en haut à gauche
  • pas de police illisible
  • pas de dégradé en fond
  • la chronologie de vos expériences doit pouvoir se lire de manière continue, on doit pouvoir retracer votre parcours facilement
  • attention à la photo, un tas de détails peuvent être interprétés de manière assez aléatoire, et d’un autre côté ça rend humain et ça attire l’oeil. Si vous en mettez une, choisissez avec soin et demandez autour de vous ce qu’on en pense.

 

Un mot sur la tenue

Sans donner dans le discours de vieux con, le vêtement est un langage. On dit des choses par la manière de s’habiller. Si vous arrivez en jean troué et basket en entretien, vous dites quelque chose comme “je suis quelqu’un de décontracté, peinard” (ou alors “je suis graphiste” ;). Quand vous irez pour l’agence à divers rendez-vous professionnels, c’est l’image de cette agence que vous représenterez. Autant donner l’impression que vous pouvez faire bonne figure à votre futur employeur. Vous ne pouvez pas venir en costume, c’est pour les commerciaux, et il n’y a pas de code, mais il faut juste être propre sur soi, pas négligé.

 

Un mot sur le book

Les books de jeunes diplômés sont faits à 95% d’images de rendus assez mal faites et globalement monochromes, de diagrammes bizarres façon BIG mais en moins propre et de texte écrit en tout petit. Si le vôtre répond à ces critères, et bien…ça n’a aucune importance ! Le book n’est pas fait pour impressionner l’employeur, c’est juste un support qui vous permettra de passer du temps à discuter avec lui, pour que s’installe un contact humain. Il vous faut surtout l’organiser pour qu’il soit facile à commenter, que les images vous permettent de raconter des histoires.

 

Un mot sur le démarchage

Appeler une agence, c’est prendre le risque de se faire envoyer paître par une personne pressée ou désagréable, d’essuyer des refus, etc. mais c’est indispensable. C’est une première preuve de motivation. Si vous êtes prompt à téléphoner, vous le serez aussi quand il s’agira d’appeler une entreprise ou un intervenant. Il faut d’abord envoyer un mail avant d’appeler, pour demander si l’agence que vous visez l’a bien reçu, et demander où en sont dans le recrutement. Demandez leur quand vous conseillent-ils de les rappeler. Laissez toujours passer un ou deux jours entre chaque mail et chaque appel.

 

Bon chance et bon courage les nouvôs !

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